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Vous rêvez d’observer les icebergs à Terre-Neuve ? Dépêchez-vous, avant qu’il ne soit trop tard

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Un gros iceberg passe près de Ferryland, à une heure au sud de St. John's (Terre-Neuve), en avril 2017. LA PRESSE CANADIENNE/Paul Daly

« Iceberg Alley », ou l’Allée des icebergs en français, est le surnom donné à une partie de la côte Atlantique entre le Labrador et Terre-Neuve. C’est l’endroit le plus méridional de l’hémisphère nord où l’on peut régulièrement voir des icebergs. Mais dépêchez-vous ! Avec le réchauffement climatique, l’Iceberg Alley pourrait bientôt perdre son nom.

Le tourisme destiné à l’observation d’icebergs est une activité fréquente et très prisée à Terre-Neuve. Chaque printemps, locaux et visiteurs bravent le froid et l’humidité de la région – l’un des endroits les plus brumeux au monde – pour scruter l’horizon à la recherche de taches blanches, ou embarquer à bord de tours guidés en bateau en espérant que la chance sera de leur côté.

Mais avec un nombre annuel d’icebergs variant de zéro à plus de 2 000, réserver son voyage à l’avance pour voir ces blocs de glace vieux de 10 000 ans peut être un pari risqué.

De la glace vieille de 10 000 ans

À chaque année, des centaines de milliards de tonnes de glace, l’équivalent en eau de plus de cent millions de piscines olympiques, sont rejetées des glaciers du Groenland vers l’océan. Ce phénomène est appelé vêlage.

La majeure partie de la glace qui vêle des glaciers du Groenland forme des icebergs. Alors qu’entre 10 et 50 pourcent de ces icebergs fondent directement dans les fjords du Groenland, la majorité d’entre eux sont transportés au loin par les courants océaniques.

Une carte de l’océan Atlantique Nord montrant la trajectoire des icebergs entre le Groenland et Terre-Neuve
Les icebergs qui atteignent Terre-Neuve vêlent de la partie ouest du Groenland et suivent les courants océaniques qui les entraînent vers le sud. Données : General Bathymetric Chart of the Oceans.
(Frédéric Cyr), Fourni par l’auteur

La calotte glacière du Groenland est le résultat de milliers d’années d’accumulation de neige atteignant une épaisseur de plus d’un kilomètre. La pression résultant de ce poids énorme transforme la neige en glace. Cette même pression pousse les glaciers – ces rivières de glace canalisée par les nombreux fjords du Groenland – vers l’océan, où ils vêlent et deviennent des icebergs.

Une fraction de ces icebergs, généralement en provenance de la partie ouest du Groenland, va atteindre Terre-Neuve et Labrador. Bien que la durée de vie de certains icebergs peut atteindre une décennie, ceux atteignant Terre-Neuve sont généralement vieux d’une à deux années.

Le naufrage du Titanic

Le plus connu de ces icebergs est probablement celui qui a causé le naufrage du Titanic près de la pointe sud des Grands bancs de Terre-Neuve, en 1912. Cette année-là, on rapportait 1 038 icebergs, un nombre qui n’est pas considéré comme étant anormalement élevé. À la suite de cette tragédie, en 1913, la Patrouille internationale des glaces – International Ice Patrol, en anglais – a été créée. Opérée par la garde côtière des États-Unis au nom de plusieurs nations maritimes, cette patrouille a été formée dans le but de surveiller le danger posé par les icebergs sur les bateaux transitant dans l’océan Atlantique Nord.

La Patrouille internationale des glaces met annuellement à jour son décompte d’icebergs traversant le 48ᵉ parallèle vers le sud. Celui-ci correspond à la plus longue et à la plus fiable série temporelle du nombre d’icebergs atteignant Terre-Neuve. Lors d’une année normale, près de 800 icebergs traversent le 48e parallèle, situé juste au nord des Grands bancs de Terre-Neuve.

Graphique montrant la variabilité du nombre d’icebergs observé depuis 1900
Nombre d’icebergs observés, pour la période 1900-2021.
(Frédéric Cyr), Fourni par l’auteur

Ce décompte est cependant extrêmement variable, puisqu’il est influencé par le climat de l’Atlantique Nord. Durant les années 1980 et 1990, qui étaient particulièrement froides pour la région, plus de 1 500 icebergs étaient régulièrement observés, incluant un record de 2 202 en 1984. Plus récemment, 1 515 icebergs ont été observés en 2019, une année marquée par un printemps plus froid que la normale, et faisant suite à une autre période froide au milieu des années 2010.

Mais ces décomptes chutent dramatiquement durant les années caractérisées par des hivers doux et des printemps hâtifs. Cette situation a été observée en 2010 et 2021, alors qu’un seul iceberg a été observé ; en 2011, alors que 2 icebergs ont été observés ; et en 2013, alors que 13 icebergs ont été rapportés. Pire encore, aucun iceberg n’a traversé le 48e parallèle à deux moments au cours de cette série temporelle de 122 ans, soit en 1966 et en 2006.

Un futur incertain

À cause du réchauffement global de la planète causé par les changements climatiques d’origine anthropique, la calotte glacière du Groenland perd de la masse. Alors que ceci pourrait signifier que davantage d’icebergs vêlent dans l’océan, il est loin d’être garanti que cela se traduira par davantage de possibilités de visites touristiques à Terre-Neuve. De plus, les chiffres peuvent être erronés, car les améliorations apportées à la technologie de détection des icebergs peuvent être à l’origine d’une apparente tendance à la hausse du nombre d’icebergs à Terre-Neuve.

Une vue aérienne d’un glacier avec de grands et petits morceaux de glace flottant dans l’eau à son pied, avec des pentes rocheuses de chaque côté de l’étroit fjord
Un glacier vêle des icebergs dans un fjord au large de la calotte glaciaire du Groenland, dans le sud-est du Groenland, en août 2017.
(AP Photo/David Goldman)

Les paramètres environnementaux qui influencent le nombre d’icebergs défilant au large de Terre-Neuve pour une année donnée demeurent incertains. Par contre, il semble clair qu’un climat plus chaud résulte en peu ou simplement pas du tout d’icebergs au large de l’île.

Par exemple, lorsque l’on considère les trois années les plus chaudes jamais enregistrées – 1966, 2010 et 2021 – seulement zéro, un et un icebergs, respectivement, ont été rapportés. Ces phénomènes aberrants pourraient bien devenir la nouvelle norme, alors que les projections climatiques suggèrent avec un haut niveau de confiance que la fréquence et la sévérité des événements extrêmes, comme les années anormalement chaudes, vont augmenter dans le futur.

Alors que l’industrie du tourisme d’icebergs à Terre-Neuve pourrait bien avoir bénéficié d’une succession de saisons exceptionnelles en lien avec une récente période plus froide au milieu des années 2010, son futur est pour le moins incertain.

L’Allée des Icebergs va-t-elle perdre son nom ? Cela serait dommage, mais malheureusement concevable. Il est cependant encore possible, pour le moment, d’apprécier ces vestiges du passé vieux de 10 000 ans.

Alors dépêchez-vous, avant qu’il ne soit trop tard !

The Conversation

Frédéric Cyr does not work for, consult, own shares in or receive funding from any company or organisation that would benefit from this article, and has disclosed no relevant affiliations beyond their academic appointment.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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